Manager, quelle folie?

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Une mère offre, à son fils, deux cravates pour son anniversaire : une rouge et une verte. Le fils part mettre la rouge et se présente devant sa mère ainsi vêtu, qui lui dit alors : “tu n’aimes pas la verte !”. Il part alors essayer la verte et quand sa mère le voit ainsi, elle s’exclame : “alors tu n’aimes plus la rouge !”. Un peu exaspéré mais plein d’un humour empathique le fils repart et revient portant les deux cravates. « Voilà ! tu veux me rendre folle ! » , s’exclame sa mère.

Cette petite histoire illustre bien la situation paradoxale dans laquelle la double contrainte met les individus¹. Quoi que fasse le fils, cela ne va pas : il a le choix entre échouer et échouer. Cela est d’autant plus intéressant que c’est bien la mère, par son attitude, qui tend à rendre fou son fils !

Le manager est de la même façon pris dans des doubles contraintes :

– On lui demande d’être autonome tout en étant dans un rapport de subordination comme salarié.

– On lui demande de s’engager dans des décisions courageuses mais s’il échoue, il se retrouve tout seul à les assumer.

– On lui demande de prendre des initiatives à condition qu’il fasse comme la direction le pense. Mais sans pour autant lui préciser ce qu’on attend de lui, par soucis de lui laisser l’initiative, ou parce qu’on n’en a aucune idée.

S’il satisfait les critères financiers et organisationnels, il met en danger les critères de travail bien fait de l’exécution. Mais s’il tente de satisfaire les critères de travail bien fait de l’exécution,il a toutes les chances de mettre à mal les critères financiers et organisationnels de la direction ou des actionnaires.

Manager, c’est toujours ménager la chèvre et le chou en étant sûr d’une chose: c’est qu’on y arrivera jamais.

A moins de comprendre qu’il n’arrivera jamais à résoudre cette double-contrainte et qu’il n’a le choix que de vivre avec, le manager a toutes les chances de vivre des situations pathogène d’un point de vue psychique.

« Un psychotique, c’est quelqu’un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c’est quelqu’un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade !».                                     

Pierre Desproges (1988 ) 

Le manager, suivant sa place dans l’organisation, a le choix entre ces mêmes deux directions pathologiques.

– Soit il est, comme le manager intermédiaire, pris dans des doubles contraintes sans solution et c’est le chemin de la névrose. Échapper à ce piège suppose, de la part du manager, une capacité à confronter l’organisation et à revendiquer une légitimité à exister en tant que personne autonome : un territoire de décision propre, une autorité. Revendication pouvant être dangereuse pour l’écologie du manager !

– Soit il est comme un dirigeant despotique à qui personne ne s’autorise à critiquer les décisions quand elles sont illogiques. Alors deux et deux peuvent faire cinq tranquillement, personne ne viendra lui dire le contraire ! Échapper à ce piège suppose, de la part du dirigeant, une capacité à prendre en compte ce que lui disent les personnes de son environnement.

Dans un cas comme dans l’autre, la santé mentale des contributeurs de l’entreprise passe par la définition de règles de fonctionnement qui pose, par contrat, la possibilité de se confronter sans danger et la légitimité à revendiquer le respect.

¹Ce que montre bien Paul Watzlawick , dans son ouvrage Une logique de la communication.

Pour aller plus loin voir l’article :  Manager quelle folie !? 

Denis Bismuth

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