Patience Martine: encore 118 ans et tu gagneras comme Martin!

En France, décidément, quand Martine travaille, elle n’a pas de chance ! En effet, à travail égal, salaire inégal : le pays de la déclaration des droits de l’Homme a, de toute évidence, oublié de reconnaître la moitié de l’humanité. Désolé Olympe, ta déclaration est passée à la trappe ! Le rapport du Forum économique mondial sur l’égalité homme-femme de 2015 indique, en effet, que sur le critère de l’égalité de salaire pour un travail similaire, la France se classe au 132ième rang sur 145 pays.

Mais, ce n’est pas tout, Martine a aussi le droit de se taire! Et ce , malgré la loi Copé-Zimmermann sur la parité qui exige des grandes entreprises d’avoir 40 % de femmes dans leur conseil d’administration d’ici 2017. Actuellement, il n’y a que les entreprises du CAC40 qui anticipent le jeu, puisque les 400 grandes entreprises non cotées n’ont que 14 % de femmes dans leurs conseils d’administration, mais dans tous les cas, seulement 5 % de ces conseils sont dirigés par des femmes. Mais peut-on les blâmer quand il n’y a que 27% de femmes à l’Assemblée nationale et seulement 25 % au Sénat en 2014 ? Et que pensez de ces quotas de la contrainte qui ne permettent pas d’internaliser qu’une femme vaut un homme?

Enfin, pour couronner le tout, Martine est plus sujette aux risques psycho-sociaux que Martin. C’est ce que révèle une étude de Bouffartigue et Bouteiller (2014) menée pour le compte de l’Anact et qui constate que 31 % des femmes sont en situation de tension au travail contre 27 % des hommes. En fait, ce sont les professions occupées par Martine qui sont à risque : des professions à forte charge émotionnelle peu considérées dans une société individualiste et productiviste. Aussi, l’accueil, le soin aux autres ou encore la relation avec le public, que Martine, “naturellement souriante”, “spontanément attentive”, “instinctivement sensible”, sait faire sans le moindre effort, et pour cause, c’est inné chez elle ! Et ta sœur, elle sait coudre ? Aussi, de par ce caractère “inné” associé à ses activités, Martine au travail, en plus de voir ses perspectives professionnelles cantonnées à certains domaines, n’est pas considérée. Pensez-vous vraiment qu’il est inné pour Martine de sourire à ce client qui ne la considère pas, pensant qu’elle est venue au monde avec ce sourire niais imprimé sur son visage? Et même après une formation où on lui a appris à servir le thé, est-ce sans le moindre effort? 

« Les progrès de la raison sont lents, les racines des préjugés sont profondes » écrivait Voltaire. Et pourtant, les études sur la mixité, n’ont-elles pas mis en évidence que les entreprises qui l’ont osé, ont de meilleures performances et une meilleure attractivité? Le XXIième siècle sera-t-il donc encore une de ces époques sauvages, où la ségrégation commencera au sein même de la famille? D’où viennent donc ces racines ? Peut-être le jour où on a réduit les femmes à la mythique Vénus? Et que comprendre quand l’expression « une femme libre » est encore aujourd’hui entendue comme « femme légère » ? Que la langue, par essence, véhicule la pensée de la différence ? Alors DRH, managers, éveillez vos consciences,et vous, conservateurs, conservatrices, épargnez nous de votre ignorance!

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