Travailler à l’hôpital, ça me rend malade!

Le malheur du cordonnier mal chaussé fonctionne bien à l’hôpital, où l’on peut observer une forte prévalence des risques psychosociaux (RPS). C’est ce que révèle un rapport de la DRESS, publié en février 2016. La partie qui nous intéresse se base essentiellement sur des enquêtes conditions de travail réalisées en 2003 et en 2013 sur les salariés hospitaliers (publics et privés). Ça va Docteur ? Vite une infirmière, l’autre est par terre !

Le rapport Gollac (2011), le rapport de référence sur les RPS en France, définit ces derniers comme étant « les risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental ».

Ce que l’on savait déjà en tant que personne curieuse : travailler à l’hôpital, n’est pas de tout repos. Et pour cause, l’hôpital ne baisse jamais le rideau, il fonctionne 24h/24! C’est pourquoi, il n’est pas toujours évident de planifier le travail (en 2013, « 80 % des salariés déclarent fréquemment interrompre une tâche en cours pour une autre tâche »), que les dépassements d’horaires sont fréquents (plus d’un médecin, d’une infirmière ou d’une sage-femme sur deux déclarent dépasser tous les jours ou toutes les semaines l’horaire de départ prévu) et que la cadence est rapide (« 64 % des salariés hospitaliers déclarent devoir souvent se dépêcher »). Cependant, faut-il être précis, le ressenti 2013 concernant ce rythme effréné est en amélioration par rapport à l’enquête de 2003. C’est donc…moins pire!

Ce que l’on n’imaginait pas en tant que personne polie: plus de la moitié du personnel hospitalier se plaint de tensions avec le public. Non, la maladie n’excuse pas tout ! Face à ce désarroi, heureusement que l’entre-aide fonctionne très bien à l’hôpital (« 93 % des salariés des hôpitaux déclarent ainsi être aidés par leurs collègues en cas de travail compliqué »). Mais, paradoxalement, la solidarité collégiale, à l’instar d’une fratrie,  n’empêche pas un petit croche-patte de temps en temps. 

Ce qui nous surprendra en tant que personne bienveillante: 72 % des infirmiers et des sages-femmes se sentent exploités. Et pour cause, plus de 40 % d’entre eux expriment un manque de reconnaissance. 

Bref, l’hôpital français – public, comme privé- aurait bien besoin de consulter, car son bilan de santé n’est pas bon. Et ce, pour le bien du personnel comme pour le bien des patients. Mais que la situation en soit là, cela n’a rien d’étonnant, dans une société où le bien-être psychique est toujours relégué au second plan. Mais pourquoi cette déconsidération des ressentis ? Est-ce le mal-être ou la façon de le saisir qui n’est pas considéré ? Le déclaratif est-il trop subjectif pour remettre en question  une organisation? Ou plus simplement, une telle remise en question existe-t-elle? Et pourquoi, même quand le mal-être est reconnu, nous individualisons sa prise en charge alors que le symptôme est collectif ? Les chiffres ne sont-ils pas assez probants pour considérer le groupe? Ou sommes-nous trop habitués à soigner les symptômes en omettant de chercher les causes ?

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